L'Arche
 
Chapitre I :
Vers une "digitalisation" de la société ?
Chapitre II :
Le programme de l'Arche
Annexe 1 :
Quand l'Amérique s'invente une nouvelle frontière électronique.
Annexe 2 :
La France et l'Europe sont passives.
Annexe 3 :
Pourquoi un nouveau Vélizy ?
Annexe 4 :
Aménagement du territoire et télétravail : l'avenir est-il en Lozère ?
Annexe 5 :
Quel avenir pour le Minitel ?
Annexe 6 :
La santé : une industrie de l'information qui s'ignore.
 


Annexe 4

Aménagement du territoire et télétravail : l'avenir est-il en Lozère?

La France, confrontée aux problèmes que l'on sait concernant la situation économique et ses conséquences sur l'emploi, ne cesse, dans un apparent paradoxe, de connaître une intensification toujours plus forte de la concentration urbaine, amplifiant en cela le processus de désertification rurale. Cessons de croire que la concentration au même moment des individus dans les bureaux, ou même à l'école ou au campus appartient à la condition humaine. Il y a tout au plus un siècle et demi que cette modalité du travail s'est généralisée et, dans quelques décennies, elle apparaîtra peut-être comme un accident de l'Histoire...
D'autant que la concentration commence à coûter très cher, tant à la collectivité, qu'à l'entreprise et à l'individu. Poser le problème du chômage, c'est donc poser celui de l'aménagement du territoire, avec la nécessité de définir une nouvelle géographie du travail et de l'économie.

Deux réalités s'imposent :

  • le cas urbain : avec les problèmes spécifiques liés à la concentration (flux migratoires quotidiens, polarisation des espaces, coûts cachés liés à la saturation,...)
  • le cas rural : en déperdition économique et à la recherche d'un nouvel horizon.

Une solution émerge : le télétravail

Retenons pour télétravail la définition plus exacte de "téléprésence", qui aura pour objet de mettre en oeuvre les technologies qui permettront de s'affranchir des contraintes de distance, d'espace, et de synchronisation continue nécessaires au travail individuel et/ou collectif des individus. Relève donc du télétravail toute "prothèse" technique assurant la co-présence (distance) entre un opérateur (télétravailleur) et les personnes (clients, collaborateurs, étudiants,...), les sources d'information, les outils nécessaires à l'exécution d'un travail... Le télétravail doit être vu comme un accroissement des degrés de liberté du travailleur, rendant simplement possible ce qui ne le serait pas sans technologie de soutien et d'infrastructure.

Les vrais obstacles ne sont pas technologiques

Les outils technologiques existent aujourd'hui pour la plupart. Le micro-ordinateur se transforme aussi bien en fax, qu'en Minitel, ou en lecteur multimédia. Des expériences diverses sont menées un peu partout dans le monde : autour de la télévision câblée, comme support par exemple de diffusion pour l'enseignement interactif, autour de moyens mobiles de communication dans telle ou telle entreprise, autour de la mise en place de centres de vidéoconférence...

Pourtant aucune de ces expériences, le plus souvent à cause de leur caractère premier centré sur la technologie, n'intègre une véritable dimension politique et sociale. Ce qui conduit parfois à accréditer une vision réductrice, voire négative de la technologie en question. Car pour créer des emplois en Lozère, il ne suffit pas de connecter le département au reste du monde.

Encore faut-il y développer, ou favoriser le développement de l'esprit d'entreprise, la créativité, et les compétences capables d'exploiter les avantages et les ressources du département, en direction d'une clientèle identifiée et identifiable sur le marché français, européen ou mondial. Encore une fois, la technologie n'a ici pour effet que de lever des obstacles ou dans le meilleur des cas, de nourrir l'invention de produits et de services. Malgré cela, les collectivités territoriales continuent le plus souvent de favoriser l'implantation de Z.I., de Z.A.C. et autres technopoles, soi-disant créatrices d'emplois nets, plutôt que de réunir les conditions objectives d'infrastructures préalables pour une réelle mise en oeuvre du télétravail à grande échelle.

L'exemple de la ville de Vendôme, à cet égard, est significatif. La ville a bataillé ferme pour obtenir un arrêt du TGV Atlantique au moment de la création de la ligne; et a construit à cet effet une nouvelle gare. Malgré cela, elle n'arrive pas à transformer ce qui semble être un avantage compétitif, en une réalité économique. Cela faute d'avoir pu ou su créer des infrastructures relais, propres à fixer professionnellement des "TGV-cadres" parisiens, qui n'utilisent Vendôme qu'en ville dortoir.

Aujourd'hui, seul l'État peut initialiser en concertation avec les autres acteurs publics et privés la mise en oeuvre d'un vaste chantier à même de favoriser l'émergence du télétravail : travaux d'infrastructures, conformes en cela à la politique en vigueur de relance par de grands travaux; incitations financières; dispositifs légaux. Au final, au-delà de l'intérêt d'un grand chantier directement générateur d'emplois (au même titre qu'une autoroute de béton), disposer d'un projet cohérent de décentralisation.

Le mode opératoire, en s'appuyant sur les structures administratives existantes, pourrait être le suivant :

1/ Mise en place d'une politique systématique d'aides aux projets de télétravail :

  • amplification du plan Datar/France Telecom pour obtenir un doublement du nombre de projets de télétravail retenus,
  • création d'un centre de télétravail par département (construction ou réhabilitation),
  • crédits d'équipements technologiques pour les entreprises et les particuliers ayant recours au télétravail,
  • mesures de soutien d'accompagnement au changement pour les volontaires (formation, soutien juridique, prospection de clientèle,...),
  • missionner une grande administration pour piloter l'ensemble de l'opération.
2/ Intégration systématique d'un volet télétravail dans les plans de soutien catégoriels.

3/ Adaptation législative aux problèmes de l'emploi réel et de l'emploi légal (un chômeur n'est pas quelqu'un qui est sans travail, c'est quelqu'un qui est sans travail légal administrativement reconnu); définition d'un statut de télétravailleur autonome.

 
   
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