|
|
 |
Annexe 6
La santé : une industrie de l'information
qui s'ignore
Pour les pays
socialement avancés, la maîtrise des dépenses de santé est l'un
des problèmes les plus cruciaux à résoudre pour les années à venir.
Plusieurs facteurs et tendances lourdes (allongement de la durée
de vie, répartition de plus en plus déséquilibrée entre actifs et
inactifs, etc...) font que ce problème est considéré par les experts
comme une véritable bombe sociale et fiscale à retardement.
La santé, avec le chômage, sont les deux défis les plus importants
que les sociétés post-industrielles ont à relever dans la prochaine
décennie. Le paradoxe est le suivant : d'un côté il existe une juste
aspiration à des soins de qualité pour le plus grand nombre. De
l'autre, le dérapage des dépenses de santé est désormais à la limite
du supportable. En particulier en France, où le déficit pour les
années à venir est estimé à 200 milliards de francs.
La France a, dit-on, la meilleure couverture sociale du monde. Mais
ce privilège se paye cher. Tellement cher que la progression non
maîtrisée des dépenses de santé menace désormais l'équilibre de
l'ensemble de notre système économique et social. La France ne pourra
supporter davantage une progression des dépenses de santé qui, depuis
10 ans, est le double de celle des autres pays européens. D'où l'équation
infernale : élargir la couverture sociale et améliorer la qualité
des soins, tout en réduisant les coûts et sans toucher aux effectifs.
Impossible ? Non, justement grâce aux technologies avancées.
Le recours massif à l'informatique et aux télécommunications est
le seul moyen pour améliorer la qualité des soins, tout en restant
dans une enveloppe budgétaire si possible constante. Il faut en
effet savoir que le système de santé français, et en particulier
hospitalier, reste largement sous-informatisé. Les hôpitaux consacrent
moins de 0,5% de leur budget à l'informatique, contre 1 à 5 % pour
les autres secteurs d'activité (voire beaucoup plus pour des secteurs
comme la banque et l'assurance par exemple). Si l'informatisation
de la gestion, de la comptabilité des hôpitaux et autres établissements
de santé est à peu près achevée, il n'en est rien de la "production".
C'est-à-dire tout ce qui touche aux soins. Les besoins dans ce domaine
sont immenses, allant de l'informatisation des unités de soins (chirurgie
assistée, aide au diagnostic, imagerie médicale, etc...), à l'automatisation
du "plateau technique" (prélèvements, analyses biologiques, etc...),
en passant par la mise sur pied de moyens de communication performants
entre médecin traitant, spécialiste et hôpital.
Il faut par exemple souvent plusieurs jours aujourd'hui, sinon plusieurs
semaines, pour qu'un médecin traitant reçoive de l'hôpital le compte-rendu
d'opération de son patient. Le recours aux nouvelles technologies
peut donc permettre d'améliorer l'intendance liée aux soins. Et
donc les soins eux-mêmes. Et par ailleurs créer de nouveaux services,
probablement eux-mêmes générateurs d'emplois.
Autre avantage : celui de revaloriser les professions d'infirmiers
qui sont, il faut le souligner, en situation déficitaire en ce qui
concerne le recrutement. Les hôpitaux ont en effet de plus en plus
de mal à recruter du personnel soignant. Les raisons en sont connues
: salaires insuffisants, conditions de travail médiocres. Les infirmiers
et infirmières du milieu hospitalier croulent sous le poids des
tâches administratives, qui prennent de plus en plus d'importance
sur les soins eux-mêmes. D'où un sentiment de dévalorisation, aggravé
par la faiblesse des salaires.
Les technologies sont un moyen de revaloriser cette profession,
en soulageant le personnel soignant des tâches répétitives de paperasserie,
au profit de la relation avec le malade. La médecine est donc une
industrie de l'information qui s'ignore. L'activité médicale consiste
naturellement à s'occuper du malade. Ce faisant, à produire, traiter,
et gérer de l'information sur le patient lui-même. De plus, la science
médicale en constante évolution, produit elle-même des masses énormes
d'informations, et cela en relation avec toutes les sciences connexes
qui contribuent aujourd'hui au progrès médical. Le médecin doit
donc faire face à une impressionnante multiplication des données
à prendre en compte. Il lui est difficile, sinon impossible, de
le faire avec des moyens traditionnels.
|
 |
 |
|